Philanthropie et innovation

Entre changement de paradigme, efficacité et confiance
Photo © Christopher Streuli
Photo © Christopher Streuli
Marietta Bieri, traduction française Aude Elder, English translation Bethany Tew, traducción española Ana Beltran
28 avril 2009

Le 5 mars 2009, ICVolontaires a contribué à l'organisation du Forum Suisse de Philantrophie annuel, qui s'est tenu à Zurich, en Suisse. Les volontaires d'ICV ont aidé avec les services d'accueil et ont rédigé des comptes rendus de tous les débats. Ils ont aussi pris un ensemble de photos. Le présent article synthétise les discussions.

Madame Zurkinden-Erismann, cofondatrice de StiftungsZentrum.ch GmbH et organisatrice du forum, a d’entrée de jeu attiré l’attention sur deux objectifs: l’un consiste à suggérer des pistes aux fondations philanthropiques et aux entreprises socialement responsables (Corporate Social Responsibility) pour faire face à la crise actuelle, l’autre à créer de la valeur ajoutée à partir de la transparence, de la durabilité, de la création de confiance, de l’éthique et de l’innovation. Sept intervenants se sont exprimés sur quatre thèmes:

  • Des notions telles que la confiance, la transparence, l’éthique, la gouvernance et les privilèges fiscaux sont-ils aujourd’hui remis en question?
  • Le monde de la philanthropie est-il ouvert aux innovations?
  • Quels sont les acteurs responsables de mener le dĂ©bat sur l’éthique et le dĂ©veloppement durable?
  • A quels dilemmes le secteur de la philanthropie fait-il face en ce moment?

Résumé des discussions:

La crise financière conduisant les Etats dans une situation d’endettement important, il est aujourd’hui nécessaire que les fondations prennent en charge certains devoirs étatiques. Elles devraient ainsi élargir leurs objectifs en défendant la société libérale. Elles devraient également proposer des solutions alternatives au problème du chômage, soutenir le haut lieu de la recherche qu’est la Suisse et investir les capitaux nécessaires. Les donateurs ayant fait preuve d’une grande libéralité cherchent une reconnaissance en conséquence et des projets philanthropiques portent ainsi souvent leur nom.

La création de fondations ayant un objet d’utilité publique s’est multipliée par trois dans les treize dernières années. Les organisations à but non lucratif bénéficient souvent d’une plus grande confiance que les organisations à but lucratif. Cet avantage des organisations à but non lucratif tend pourtant à diminuer. Elles doivent donc devenir plus efficaces et adopter un mode de fonctionnement plus proche de celui des entreprises. Les fondations non plus ne survivent pas sans un retour sur investissement!

D’autres sujets ont Ă©tĂ© abordĂ©s comme les tendances actuelles de la consommation. Selon une Ă©tude du Gottfried Duttweiler Institute de ZĂĽrich, la consommation de prestige diminue au profit de la consommation responsable : le public dĂ©pense pour des produits utiles et durables et rĂ©duit sa demande de produit de luxe. Une voiture simple et fonctionnelle est prĂ©fĂ©rĂ©e Ă  un vĂ©hicule de luxe. Le marchĂ© de masse se fractionne en marchĂ©s niches, les mĂ©gatendances se muent en microtendances. Un produit de luxe auquel n’est attachĂ©e aucune valeur Ă©thique, sociale ou Ă©cologique se vendra Ă  l’avenir de moins en moins bien. Un  donateur est de plus en plus impliquĂ© Ă©motionnellement et socialement dans le projet qu’il soutient.

La citoyenneté d’entreprise (Corporate Citizenship) concerne l’engagement d’une entreprise envers la société et va bien au-delà de ses objectifs économiques et de ses obligations juridiques. En font normalement partie le mécénat, les donations et le sponsoring, mais aussi la mise à disposition de collaborateurs pour des actions bénéficiant au public. L’efficacité de la citoyenneté d’entreprise peut être améliorée par une analyse approfondie de l’activité des fondations et de la situation sociale. L’impact des projets peut être amélioré par le biais de partenariats stratégiques. La formation pourrait faire l’objet d’une réflexion de la part des fondations et être optimisée par le concept de « venture philanthropy », qui soutient et promeut les idées d’individus ou le concept opératif (l’application des idées).

Le développement durable (UN Global Compact), quand à lui, n’a pas donné les résultats escomptés: les riches sont toujours plus riches et les pauvres de plus en plus pauvres.

Ce sont les multinationales qui bĂ©nĂ©ficient du moins de confiance et devraient maintenant  s’engager dans la responsabilitĂ© sociale. Cet engagement leur impose d’apporter des solutions lĂ©gitimes et Ă©thiques Ă  des dĂ©fis actuels sans se prĂ©occuper uniquement de leur bĂ©nĂ©fice. Aucun acteur ne peut rĂ©aliser de prestation Ă©conomique de haut niveau Ă  long terme s’il manque d’engagement responsable. Les responsabilitĂ©s d’une entreprise se rĂ©partissent en une hiĂ©rarchie Ă  trois niveaux allant de l’obligatoire au facultatif. Une entreprise doit : suivre les règlements, se conformer aux lois et faire du bĂ©nĂ©fice ; devrait : exercer la responsabilitĂ© sociale dans le respect des normes internationales ; peut : s’engager dans la philanthropie, proposer des innovations proches des compĂ©tences principales de l’entreprise et crĂ©er des projets dont le but ne soit pas seulement de « faire comme les autres ».

Les préoccupations éthiques constituent le fondement de la crédibilité d’une entreprise. Des valeurs de base, comme la règle d’or de la réciprocité, l’équilibre entre les intérêts propres et les intérêts d’autrui, l’orientation vers le bien-être commun, l’équité, la responsabilité etc. peuvent renouveler la confiance du public alors que nous traversons une crise affectant la confiance et les valeurs. En un temps où les valeurs s’effondrent, l’être humain doit savoir où se trouvent ses racines.

Une fondation crée un effet levier lorsqu’elle met en oeuvre sa créativité. A cet effet, calme, contemplation et, finalement, possibilité de changer l’orientation de sa pensée sont nécessaires. Il est préférable de créer une fondation du vivant de quelqu’un, de manière à insuffler une âme à l’organisme et à lui donner un objectif ultime tourné vers l’avenir.

Trois points sont à considérer pour mettre une politique de placement durable en harmonie avec les valeurs de la fondation : réaliser une performance financière comparable à l’indice de référence, acquérir des portefeuilles dans les domaines social et écologique et susciter un processus d’amélioration de la gouvernance d’entreprise et de son engagement social et écologique.

La rencontre a démontré que la philanthropie pouvait être entièrement renouvelée par l’engagement des organismes directeurs chargés de la culture et de la stratégie d’une entreprise, ce qui peut aussi être appliqué dans les fondations et les organisations poursuivant un but d’utilité publique. La responsabilité, la création de confiance, les valeurs de base, l’innovation et la gouvernance durable ont été les grands thèmes de cette rencontre.

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